dimanche 25 janvier 2026

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La Vie, cette salope innomable, m'a rouée de coups, m'a brisé les os et fracassé le crâne.
La malfaisante m'a soufflée dans un gouffre noir, avide comme la gorge redoutable d'une Gorgone.
Cette pute m'a happée, rongée, broyée, presque dévorée. Un anéantissement aussi fascinant, qu'effrayant.
J'ai sombré dans les abysses de son étreinte. J'ai échoué sur la grève, déchiquetée; rendue à la vie par un écumeur de plage.
Je me suis raboutée à tour de bras.
J'ai couru par monts et par vaux. J'ai gravi des montagnes. On m'a aperçue au bord de tous les précipices. Je suis tombée dans chaque ravine.
J'ai trébuché sur les cailloux. J'ai voltigé dans les airs. J'ai fait du sur place. 
Je me suis étourdie. J'ai défié les dieux et les hommes. J'ai encaissé des coups et j'ai rendu la pareille.
Je me suis ébranlée. J'ai essuyé mes larmes déjà sèches et j'ai mouché ma morve.
Je me suis égarée, et je me suis raccordée.
J'ai aimé de tout mon soûl, puis j'ai oublié ma soif.
J'ai conquis, j'ai perdu. J'ai abandonné le ring.
Mes défaites ont été cuisantes. J'ai reconquis et perdu encore.
Platement battue, mais couverte d'honorables cicatrices, j'ai gagné une bataille.
J'ai eu peur. Mon sang a glacé dans mes veines. J'ai eu froid.
J'ai été  tantôt asservie, tantôt affranchie, à la fois chienne et esclave. J'ai été prisonnière, puis geôlière.
Ô Vie, tu ne m'as pas éventrée à ta guise!
Je ne suis pas une catin servile!
Je suis la vieille survivante, au chevet de la jeune fille que je fus, de la jeune femme que j'ai été et de l'enfant un peu farouche, perdue et oubliée.
Ô vieille traînée gateuse! Tu ne m'as pas encore eue!
Aujourd'hui, ne t'en déplaise, je te jette à la gueule ces vers de Violeta Parra, comme une claque sur ta face hideuse!
" Gracias a la vida que me ha dado tanto [...]"

Joyeux 60e


 Credits: Signe Ruddy

mardi 20 janvier 2026

Errances

Je disparus pendant quelques jours.
La nuit de mon départ était sombre et ardente.
Dans l'obscurité, mes pas ne laissaient aucune trace. 
J'étais heureuse en cette nuit d'été.
J'aspirais des bouffées de parfum que le vent m'apportait et je marchais, presque insouciante.
Le chemin s'ouvrait à moi.
Je ne me retournais pas.
J'étais en paix. 
Je marchais à l'écart des routes.
Lorsque la fatigue m'envahissait, je m'assoupissais, de préférence sous un arbre.
Mon corps, enveloppé dans une douce torpeur, se ramassait sur lui-même et je dormais sans craintes, sans inquiétudes.
Mon sommeil était profond, lourd et apaisant, limpide et lisse comme une mer tranquille.
J'étais sans attaches, sans amarres.
Mon esprit désencombré, était dissout dans une sorte de coma profond, une amnésie presque totale.
Pendant le voyage, il m'arriva parfois d'être de nouveau innondée par des bouffées d'angoisse et de stupeur.
Mais cela ne durait pas longtemps.
Je m'arrêtais à la croisée d'un chemin et lentement, je reprenai mon souffle.
J'avais choisi la solitude, pour quelques jours.
Je marchais sur des chemins peu fréquentés, pas balisés.
Je vivais dans un état de rêverie et de paresse, heureuse de ne plus rendre de comptes à qui que ce soit.
Je m'appliquais dans l'exercice de l'oubli.
Les choses me traversaient désormais sans m'atteindre, sans laisser de blessures.
Les nuits étaient étoilées, douces et belles. 
L'été s'achevait sans se presser.
J'étais dépouillée de tout.
Je commençais à voir clair en moi-même.
Je venais du néant et j'allais vers l'inconnu.
J'éloignai de moi toute source d'inquiétude.
Les gens passaient sans s'arrêter, se dirigeant tous dans la même direction, toujours pressés.
Moi, j'allais lentement.
Mon errance prît fin.
C'était aussi la fin de l'été.


samedi 17 janvier 2026


 

Ô Temps!..

À présent que je suis vieille, j'ai acquis une sérénité qui m'aide à mieux vivre, bien que je ressente une certaine lourdeur.
Les années me pèsent. J'ai de l'embonpoint et du rhumatisme. Je traîne un sac de sable qui rend ma marche difficile, et chacune de mes rides est un siècle.

Je suis heureuse d'avoir survécu à tous les coups et blessures que la vie m'a infligés. À toutes les ruptures, les blessures, les cassures. Aux abandons. Aux mutilations.

Je suis une survivante. Mes cicatrices et elles sont nombreuses, en sont l'indéniable preuve.
Un jour je me suis trouvée face à la mort. 
Elle a longtemps rôdé autour de moi, et a fini par m'attraper. Puis, elle m'a tendu une perche.
Je suis remontée à la surface. Je l'ai repoussée. Après quelques tractations, elle a fini par  m'accorder un sursis.

Mon existence n'a tout compte fait ni grandeur, ni tragédie, même si elle est un peu étrange.
J'ai bien longtemps marché au bord de la route, en évitant les ornières.
J'ai marché à la lisière des forêts.
J'ai arpenté des chemins de fortune.
J'ai marché dans le vent. 
J'ai longé des chemins de traverse.
J'ai marché par monts et par vaux, mes pieds embourbés. 
J'ai marché dans le désert sans trouver une source d'eau.

J'ai apprivoisé la douleur. 
J'ai résisté. 
Je me suis dérobée. J'ai menti. J'ai trahi.
J'ai traversé ces derniers siècles en solitaire.
Je suis arrivée à ma vieillesse avec quelques longueurs d'avance.
Je n'ai plus à vivre qu'une journée d'automne.

J'avance désormais sans trébucher, sans vaciller, sans me retourner. 
Je balotte aisément, portée par les courants.
Je suis invisible, fondue dans la foule, j'avance.
Rien n'a véritablement changé. Ni le ciel, ni les hommes. C'est juste moi. Moi, qui ne doute plus.

Le Temps a fait son travail!

mardi 30 septembre 2025


 

Il n'y a pas de frontière,
au seuil de la forêt,
entre moi et la pénombre.

Je marche sans cesse
et sans m'arrêter,
à la recherche des instants
révolus.